L’industrie du luxe sapée par les marchandises de contrefaçon

«Articles italiens de luxe en vente. Trois derniers jours. Ne manquez pas cette occasion! » crie une voix dans un haut-parleur à l’entrée d’un des magasins.
A l’intérieur, les touristes et les femmes d’âge moyen sont entassés à l’étroit dans le magasin de T-shirts, de portefeuilles et de ceintures en cuir qui portent des logos similaires à ceux de LV et Gucci, mais vendus un prix trop faible par rapport à leurs valeurs réelles.

« Personne ne se soucie vraiment de savoir si nos marchandises sont d’origine italienne ou française », déclare l’employée de magasin, surnommée Zheng.
« Ça vient de l’étranger et c’est à vendre. C’en est assez,» dit-elle avec impatience. Mais les deux facteurs sont très discutables pour ne pas dire faux, étant donné que la vente se trouve dans ses « trois derniers jours » depuis des années.

Le styliste d’origine italienne, Pierre Cardin a été le premier à organiser un défilé de mode en Chine, précisément à Pékin en 1979. L’appétit de la nation pour la mode colorée de l’étranger a été aiguisé depuis lors et- en apparence, a toujours peu de chances d’être rassasié.
Alors que les maisons de couture étrangères sont en phase d’expansion agressive de leur présence sur le plus grand marché mondial de consommation, certains hommes d’affaires chinois sont en train de saper leurs efforts en produisant des vêtements, des chaussures et des accessoires de faible qualité sur lesquels ils apposent une étiquette étrangère.

En Mars, la Commission Italienne du Commerce avait établi une liste de 30 marques chinoises qui se sont faussement réclamées d’origine italienne.
Aucun des 30 marques n’avait jamais été enregistré en Italie. On ne pouvait également trouver une quelconque partie de leur processus de production qui soit faite en Italie, selon le bureau de la Commission italienne basé à Beijing.
« Il faut mettre un terme à cela, car depuis des centaines d’années, nous travaillons à la construction d’une image forte pour les produits italiens», a déclaré Antonino Laspina, représentant en chef de la Commission en Chine.

La plupart des 30 contrefaçons de produits italiens sont produits à Guangzhou ou Wenzhou, selon un rapport antérieur émis par le China Youth Daily.
«Quand les gens parlent de produits italiens, ils savent qu’ils achètent la meilleure qualité dans le monde. Mais si les consommateurs découvrent qu’ils ont payé un prix élevé pour quelque chose qui n’en vaut totalement pas la peine, cela causera un tort irréparable aux authentiques marques italiennes, « a déclaré Laspina.
Que les consommateurs de marques contrefaites ne soient vraiment pas au courant de l’origine de leurs produits de luxe qu’ils achètent ou qu’ils souhaitent simplement goûter à un mode de vie qu’ils ne sont pas être en mesure de s’offrir, un regard en arrière dans l’histoire de la mode chinoise peut aider à déchiffrer la mentalité répandue dans le pays en ce qui concerne l’amour pour les marques.

« Pour les gens de ma génération, une marque étrangère signifie le style, la qualité, et peut-être la seule chose que vous devez porter pour être à la mode», a déclaré Lu Yongli, une femme de 58 ans.
Après le défilé de mode de Pierre Cardin dans le Palais Culturel de la Nationalité à Pékin il y a quelques décennies de cela, des dizaines de marques, y compris Playboy, Montagut et Cartelo, ont rapidement pénétré les grandes villes comme Pékin et Shanghai dans la fin des années 1980 et sont devenus des symboles de statut et de richesse.

Les statistiques de Southern Weekly ont révélé que lors de la première exposition de luxe international du pays à Shanghai en 2005, les transactions commerciales ont atteints 200 millions de yuans soit environ 31,7 millions de dollars en trois jours.
« Un sac en cuir appartenant à un dageda (l’étiquette en langue chinoise pour la première génération à utiliser les téléphones cellulaires) pouvait auparavant avoir n’importe quel logo étranger dessus et aurait quand même été considéré comme un produit de luxe. Aujourd’hui, ce logo doit être celui de LV, ou peut-être d’Hermès, « selon Lu.

Lu, une femme au foyer à Shanghai, se souvient de l’achat son premier sac de luxe au début des années 1990- un sac d’épaule rouge en cuir de veau de la marque Playboy.
Elle se souvient que le sac lui avait coûté 700 yuans, tandis que le revenu mensuel moyen à l’époque était d’environ 200 yuans. Il n’était pas disponible dans les magasins nationaux et a été apporté par les parents de l’étranger.

«Quelquefois, les articles de luxe peuvent être encore relativement coûteux, mais l’indisponibilité les rendait plus précieux, tout comme les sacs Birkin d’Hermès le sont aujourd’hui, » a déclaré Lu.
Zhou Ting, professeur agrégé à l’Université du commerce international et de l’économie de Pékin, également un expert de l’industrie du luxe, affirme que le problème provient en partie de l’offre limitée de produits de luxe authentiques. « En fait, la demande de la classe moyenne émergente du pays dépasse largement la quantité que les marques peuvent fournir », a déclaré Zhou.

Mais Giovanni Musacchi, directeur général d’Italian Fashion Way Chine, a expliqué l’énigme à laquelle font face à les ateliers italiens et les marques qui se lancent dans le marché en Chine « , un marché où trois grandes villes » consomment autant de costumes » que toute l’Italie.
« Bien sûr, nous n’avons pas besoin de dire à nos partenaires le grand marché que la Chine est. La préoccupation majeure pour la plupart des entreprises, après leur arrivée sur le marché, est de voir comment approvisionner une aussi grande nation tout en n’abaissant pas la qualité, » a t-il dit.
La société de Musacchi travaille actuellement avec 300 marques de mode italiennes environ, qui préfèrent souvent rechercher un partenariat avec des entreprises chinoises.

Source : Konaxis

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